Il est 15h et je me réveille dans mon lit, recroquevillée par le froid, dans mon appart' vide.
Petit à petit les souvenirs de la nuit de la veille resurgissent dans ma mémoire, au besoin à l'aide d'indices éparses mais témoignant de la véracité de ce qui s'est produit. Un suçon sur le côté droit de mon cou, des briquets jusque dans des endroits incroyables, une vague odeur de bière, un autre suçon du côté gauche, les derniers symptomes d'une gueule de bois qui persiste, des cadeaux avec des petits mots pleins d'affection, des objets pas à leur place habituelle.
Il est de ces soirées qui ne servent à rien, dont les petits instants de bonheur artificiels s'étalent comme un vernis qui durcira et permettra encore longtemps après d'en mystifier le souvenir numérique.
Mais il est aussi de ces soirées qui changent (un peu) (beaucoup) (à la folie) (passionnément) le cours d'une vie. Rien de transcendant, juste une juxtaposition d'ambiances, de regards, de paroles, de sourires, de gestes, qui se ressentent parfois comme une claque, mais qui font avancer. On se sent con parce que c'est "comme dans les films". Rapport au jour où j'ai eu 17 ans exactement. Au moment de souffler mes bougies, j'ai eu comme un vertige, comme si c'était l'année de tous les possibles. Les voeux se sont bousculés dans ma tête : l'orgasme, le vrai, pas le simulé, peu importe avec qui, peut importe comment, n'importe comment de préférence... Le bac... Le concours de sciences-po... Garder mes amis ou ceux que je considère comme tels... Devenir adulte...
J'ai commencé l'année de mes 17 ans plus ou moins dans les bras de deux certains "Agitateurs Eclairés", avec Maya, Justine, Louise, pas loin, comme des invariantes rassurantes, avec quelques grammes d'alcool dans le sang, avec des questions plein la tête. J'aimerai la finir pareil je crois, et je pourrais sûrement croire que je suis moi-même. Mais pas les mêmes de questions, de nouvelles, sinon c'est pas drôle.
Bribes entendues, pensées, rêvées peut-être, gueulées pourquoi pas, qui restent (l'écume d'hier).
"C'est ta soeur ? OUI ! Elle est bi ? NON !"
"C'est pour moi que tu t'es fait beau ?"
"Bon, alors, le coming-out ?"
"Trinquons avec les riches"
"J'ai mon ongle qui saigne"
"On parie que tu résistes pas à l'arme fatale ? C'est ce qu'on va voir..."
"Mais qu'est-ce qui s'est passé avec euh... ? ...ah ok une IVD"
"Je sais de quoi t'as peur"
"Vous êtes où ? En bas. J'arrive"
"Je ne suis qu'une bourgeoise complexée"
"T'as tes clefs ? Non."
"Est-ce cette nuit va changer quelque chose ?"
"Bon, vous prenez le métro vous vous cassez"
"Joyeux anniversaire"
"Si elle se retourne et qu'elle soutient mon regard maintenant, c'est pas fini"
"Je voudrais une botte de radis, 2kg de pommes de terres et 2kg de carottes svp"
"17 ans
Et prendre encore le temps
Le temps de refuser
Le monde organisé
Et faire à l'heure présente
Un aujourd'hui qui chante"
(G. Moustaki)
C'est bien parce que je ne prends rien de tout ça au serieux qu'il faut y croire.